Mise en place d’une dictature numérique, un rapport du sénat qui fait froid dans le dos…

Lorsque l’on parle de décisions dictatoriales prise par ce gouvernement contre les plus basiques de nos droits et libertés, il se trouve (hélas…) de nombreuses personnes pour prétendre que non, nous ne sommes pas en dictature et faire immédiatement référence à des régimes comme la Chine ou la Corée du Nord.

Les choses ne sont pas aussi tranchées, car il existe plusieurs niveaux de dictature et pour l’instant il est exact que nous n’en sommes pas encore au niveau de ces pays. Mais n’oublions pas que nous avons vécu depuis les attentats de 2015 sous un état d’urgence qui permet de renforcer les pouvoirs des autorités civiles et de restreindre certaines libertés publiques ou individuelles. Ce dont les gouvernements successifs ne se sont pas d’ailleurs pas privé, faisant finalement passer dans le droit commun des mesures d’exception (assignation à résidence, perquisitions et de contrôle des déplacements, surveillances téléphoniques), tout ceci sans aucun contrôle judiciaire1, pour embrayer ensuite sur un état d’urgences sanitaire qui a permis de faire passer, sous l’égide d’un « conseil de défense » dont les délibérations sont tenues secrètes, de nombreuses autres restrictions de liberté simplement par modification de décrets. Quant à celles qui sont passées par votes, peut-on encore qualifier de démocratie ce qui s’apparente à un gigantesque enfumage en règle.

Dans la lignée de ces restrictions et coercitions diverses, je viens de découvrir que le sénat a commandité un rapport2 qui, n’ayons pas peur des mots, laisse présager un avenir extrêmement sombre quant à nos libertés physiques et morales (bien que le titre laisse trompeusement présager du contraire…).
Celui-ci s’intitule Crises sanitaires et outils numériques : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés mais explique surtout comment faire pour surveiller encore plus efficacement la population avec des méthodes de plus en plus intrusives.

Et donc ce rapport débute par un panégyrique des méthodes déployées en Chines et divers pays asiatiques.

Je vous en livre un florilège (non exhaustif…) :
NB : les textes en italique ne font pas parties des textes originaux et ne sont que des réflexions personnelles…

  • La Chine a, sans ambiguïté, privilégié la lutte contre la menace sanitaire par rapport à la protection des libertés individuelles, en particulier la liberté d’aller et venir et celle d’avoir une vie privée
  • la stratégie chinoise est, globalement, une grande réussite sur le plan sanitaire (lorsque l’on connaît le flagrant manque de transparence de la Chine, l’affirmation me semble particulièrement audacieuse, pour ne pas dire mensongère…)
  • À Hangzhou, par exemple, les données de consommation d’électricité en temps réel ont été utilisées pour surveiller les habitants astreints à une quarantaine
  • Au travers de multiples initiatives, souvent locales ou sectorielles, la Chine a fait un usage intensif – et bien documenté – de la vidéosurveillance avec reconnaissance faciale pour contrôler le respect des restrictions (déplacements, port du masque, etc.). Parmi les 20 villes du monde les plus équipées en caméras de surveillance dans l’espace public, 18 dont chinoises. À Chongqin, on compte une caméra pour six habitants, contre une pour 130 à Nice, la ville la plus équipée de France (mince, Estrosi va être jaloux…)
  • En outre, chaque utilisateur peut demander des renseignements sur trois personnes maximum, en pratique souvent sa famille ou ses voisins, ce qui permet une forme de surveillance par les pairs, c’est-à-dire de contrôle social. Les médias occidentaux ont d’ailleurs abondamment relayé ce phénomène de contrôle par le voisinage : thermomètres à infrarouge braqués sur toute personne entrant dans l’immeuble, malades enfermés chez eux par les membres des comités de quartier, dénonciation ou pression sur les contrevenants aux règles de quarantaine ou de confinement, etc. (loin de moi l’idée de faire un amalgame douteux avec certains évènements passés, mais ça s’apparente plutôt à de la délation…)

Vient ensuite l’évocation de ce qui s’est fait dans d’autres pays asiatiques :

Corée du Sud :

  • Afin de garantir leur efficacité, les quarantaines individuelles ont fait l’objet d’une surveillance stricte, via une application de géolocalisation, déjà utilisée en 2015, qui sonne et alerte directement les forces de l’ordre si les personnes concernées se déplacent, ou si le smartphone est éteint pendant plus de 15 minutes, formant ainsi une véritable « clôture électronique ». Afin de vérifier que la personne n’est pas sortie de chez elle sans son smartphone, les autorités l’appellent aléatoirement deux fois par jour, et n’hésitent pas à se déplacer. Le voisinage peut être prévenu par SMS de la présence d’une personne contagieuse (je n’ose imaginer un instant la stigmatisation que ces individus ont du subir…).
  • En particulier, les informations collectées à l’occasion des enquêtes de contact tracing étaient intégrées au sein d’un registre public, librement accessible, indiquant la nationalité des personnes, leur âge, leur sexe, le lieu de leur visite médicale, la date de leur contamination, et des informations encore plus précises telles que leurs horaires de travail, le respect du port du masque dans le métro, les stations empruntées, les bars et autres salons de massage fréquentés, etc. Bien que non nominatives, ces informations permettaient parfois d’identifier facilement les personnes concernées avec des applications dédiées, conduisant à des phénomènes de stigmatisation ou de dénonciation (pourquoi ne suis-je même pas étonné…?).

Singapour :

  • Singapour est, surtout, le premier pays au monde à avoir déployé, mi-mars 2020, une application de contact tracing, appelée TraceTogether.
  • TraceTogether est en effet construite sur une architecture dite « centralisée », également retenue par TousAntiCovid en France. Dans ce modèle, les données relatives aux interactions sociales des individus sont traitées par un serveur central, géré par l’administration. En principe, celles-ci ne doivent en aucun cas être utilisées pour d’autres finalités que celles qui ont justifié leur collecte, c’est-à-dire la lutte contre l’épidémie de Covid-19. Le gouvernement de Singapour avait, naturellement, pris des engagements formels en ce sens, assurant que seules les autorités sanitaires auraient accès aux données. Toutefois, en janvier 2021, le gouvernement a reconnu devant le parlement que la police avait eu accès aux données de contact tracing du serveur central, dans le cadre d’une enquête pour meurtre (bien qu’en France, on ait rien à leur envier… Sous prétexte de menace terroriste, le gouvernement a bien mis l’ensemble de la population sous surveillance3)

Hong Kong :

  • Les autorités ont parfois eu recours à des mesures bien plus « physiques » que « numériques » pour faire respecter les règles, alimentant la défiance d’une partie de la population. Par exemple, face à la vague apparue début 2021, les forces de l’ordre ont adopté une stratégie de confinement « embuscade », pour reprendre les mots de la cheffe de l’exécutif, Carrie Lam, consistant à boucler par surprise un quartier entier et à soumettre tous ses habitants à un test, y compris en forçant l’entrée des appartements. La première opération de ce type, menée le 23 janvier dans le quartier pauvre de Jordan, avait conduit 7 000 personnes à rester bloquées chez elles pendant 44 heures, pour 13 cas positifs détectés (vous noterez la référence au quartier « pauvre », les riches eux, par contre on les laisse tranquilles ? Ah oui, chuis con. Les riches sont proches des gouvernements, on ne va quand même pas les faire chier…).

Tout en reconnaissant quand même que malgré toutes ces mesures Depuis peu, ces pays sont donc confrontés à un rebond de l’épidémie et que le recours aux outils numériques par les pays occidentaux les plus volontaristes s’est dans certains cas accompagné de pratiques sensiblement plus intrusives que dans la plupart des autres pays, pour un surcroît d’efficacité incertain

S’ensuivent quand même diverses phrases qui ne laissent rien présager de bon pour notre démocratie :

  • Dans le monde entier, le numérique s’impose comme un élément clé de la sortie de crise
  • Mais la contrainte change de nature dès lors qu’elle s’exerce par un contrôle, le cas échéant assorti de sanctions. Et c’est précisément là que le numérique pourrait être le plus « efficace »
  • Ces outils sont les plus efficaces, mais aussi les plus attentatoires aux libertés – mais une fois de plus, il serait irresponsable de ne pas au moins les envisager, ne serait-ce que pour se convaincre de tout faire en amont pour ne pas en arriver là. De nombreux cas d’usages sont possibles, et notamment :
    • le contrôle des déplacements : bracelet électronique pour contrôler le respect de la quarantaine, désactivation du pass pour les transports en commun, détection automatique de la plaque d’immatriculation par les radars, portiques de contrôle dans les magasins, caméras thermiques dans les restaurants, etc. ;
    • le contrôle de l’état de santé, via des objets connectés dont l’utilisation serait cette fois-ci obligatoire, et dont les données seraient exploitées à des fins de contrôle ;
    • le contrôle des fréquentations, par exemple aller voir un membre vulnérable de sa famille alors que l’on est contagieux ;
    • le contrôle des transactions, permettant par exemple d’imposer une amende automatique, de détecter un achat à caractère médical (pouvant suggérer soit une contamination, soit un acte de contrebande en période de pénurie), ou encore la poursuite illégale d’une activité professionnelle (commerce, etc.) en dépit des restrictions.

Y passent aussi l’utilisation des données détenues par les GAFA :

  • Il faut bien comprendre que les données publiées à ce jour, même si elles dépassent déjà très largement la capacité de production de n’importe quelle autorité étatique, sont très en deçà des données dont disposent réellement les GAFA, en termes de volume comme de niveau de précision. Reprenons l’exemple de la carte des « liens d’amitié » sur Facebook entre les habitants d’East Village et le reste des États-Unis. D’une part, même dans le strict cadre de la modélisation épidémiologique, de telles données sont aujourd’hui sous-exploitées. Facebook dispose en réalité de l’ensemble de ces données – et bien davantage encore – à une échelle individuelle, en temps réel, dans le monde entier et avec une précision de l’ordre du mètre plutôt que du code postal. Il en va de même pour les données de fréquentation des lieux et des transports collectées par Google, etc. (donc Google et consorts récupèrent un maximum de vos données personnelles [enfin, pas les miennes… ou si peu…] à des fin marketing et ce seraient bien s’il les partageaient avec les gouvernements a des fins de surveillance de la population).

Y est aussi évoqué aussi le fait de payer pour avoir certains droits :

  • Le numérique pourrait permettre d’internaliser une fraction du coût collectif correspondant au comportement de chaque individu ou de chaque groupe de personnes. Appliqué au confinement, le raisonnement serait le suivant : chaque sortie de mon domicile comporte un risque, non seulement pour moi-même mais aussi pour le système de santé dans son ensemble. Si je préfère malgré tout disposer de ma liberté d’aller et venir, et que je sors effectivement de chez moi, il est légitime que j’assume en contrepartie une fraction du surcoût payé par la société du fait de l’épidémie, par exemple sous la forme d’une petite hausse de mes cotisations sociales si le nombre ou la durée de mes sorties excède un certain seuil (autrement dit, si vous êtes riche, vous avez les moyens de payer le droit de sortir et si vous êtes pauvres, vous n’avez que le droit de crever chez vous, en silence…).

Pour terminer, j’évoquerai quelques points étonnants comme la glorification du rôle des acteurs privés (il est tellement vrai que c’est plus sécurisant de confier ses données de santé à Microsoft…) et du « pass sanitaire » qui, d’après eux, constituerait un outil précieux dans le cadre de la sortie de la crise actuelle. Est évoqué aussi le rôle de la CNIL qui les fait carrément chier et est incitée à moderniser son action, c’est-à-dire à mieux tolérer ce qui hier était interdit (on peut raisonnablement penser que les jours de cette institution, dans sa forme actuelle, sont désormais comptés…).

Le pire étant cette phrase sordide, digne du pire des pouvoirs despotiques : Si une dictature sauve des vies pendant qu’une démocratie pleure ses morts, la bonne attitude n’est pas de se réfugier dans des positions de principes(…).

Et des principes démocratiques qui sauve des vies, c’est utopique ?

Désolé, mais je suis du côté de l’utopie et je me sens plus proche d’un Emiliano Zapata qui avait pour maxime : Mieux vaut mourir debout que vivre toute une vie à genoux.

Bref, tout ceci laisse entrevoir un futur plus que sombre pour la démocratie.

Vous en doutez ? Regardez donc certaines lois votées, toutes plus liberticides les unes que les autres4 et qui vont de la surveillance de l’URL de tous les sites que vous visitez, en passant par le piratage des téléphones ou des box internet et même jusqu’à la lecture systématique de tous vos mails, SMS et messages divers.

Je suis même effaré (attristé, scandalisé, outré…) de constater que si, quelques décennies auparavant, le gouvernement avait décidé de lire tout le courrier acheminé par la poste, ceci aurait provoqué un scandale national, avec de nombreuses grèves et manifestations enrobées de références à la STASI5 alors que ces diverses mesures sont passées, si j’ose dire, comme une lettre à la poste et dans une indifférence générale (à part auprès de certains individus qui ne peuvent être que de vilains complotistes…).

Les Français seraient-ils devenus des moutons ? Il faut reconnaître qu’il est beaucoup plus simple de suivre aveuglement les directives gouvernementales, sans se poser la moindre question ni amorcer un début de réflexion ; d’où l’attrait de la dictature auprès d’une certaine tranche de la population, hélas de plus en plus grande !

Je terminerai par cette phrase extraite du vieux (mais néanmoins excellent, que dis-je, cultissime) film « Easy Rider » :

– Ils ont peur de ce que vous représentez pour eux.
– Tout ce que nous représentons pour eux, c’est quelqu’un qui a besoin d’une coupe de cheveux.
– Oh, non, non ! Ce que vous représentez pour eux, c’est la liberté.

 

 

5 réflexions au sujet de “Mise en place d’une dictature numérique, un rapport du sénat qui fait froid dans le dos…”

  1. Quelle paranoïa !
    Comparer la France à la Chine et la Corée du Nord incroyable.
    Restez sur le terrain des statines vous y êtes plus utile que de vous faire peur inutilement.

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    • Est-ce la naïveté ou manque flagrant d’intelligence qui vous permet de déformer mes propos ? Relisez-bien ce que j’ai écrit !
      Ensuite ce n’est pas de la paranoïa, juste la triste et consternante réalité. Je n’ai pas inventé ce rapport ni les termes employés et encore moins les diverses méthodes de surveillance mises en place depuis quelques années.
      Mais bon, comme le dit si bien Thym dans son commentaire, «  les Français sont des veaux » et vous en êtes l’exemple le plus flagrant…
      Néanmoins, s’il vous reste un tant soit peu d’intelligence et d’esprit critique, je vous encourage à méditer sur cette citation de Benjamin Franklin : « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. ». Vous pouvez aussi, s’il vous reste aussi un peu de cerveau disponible, vous pencher sur l’expérience de Milgram…

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      • Quelle agressivité !
        J’irai boire un verre à votre santé dans cette dictature impitoyable.
        Ah oui c’est vrai grâce à cet horrible pass sanitaire qui nous a quand même permis de passer un bel été.
        Félicitations pour votre travail sur les statines néanmoins.

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        • Effectivement, j’ai tendance à devenir agressif face au restrictions qu’on nous impose de plus en plus.
          Mais toute ces pertes de liberté semblant vous réjouir, je m’en voudrais de gâcher votre bonheur béat…

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  2. De toute façon nos dirigeants ne prennent pas trop de risques :

     » Les Français sont des veaux! » Charles de Gaulle.

    Et le général l’a répété à plusieurs occasions…

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