Étude de Lyon (Lyon Diet Heart Study)

Titre officiel :

Lyon Diet Heart Study

Date de publication :

11 juin 1994

Durée :

4 ans réduite à 27 mois plus suivi complémentaire à 4 ans

Sponsor :

  • INSERM
  • Astra-Calvé (Unilever)

Participants :

La « Lyon Diet Heart Study » est un essai randomisé de prévention secondaire visant à vérifier si une alimentation de type méditerranéen peut réduire le taux de récidive après un premier infarctus du myocarde. Les patients ont été assignés au hasard à un groupe expérimental (n = 302) ou d’un groupe contrôle (n = 303). Le groupe expérimental consommait nettement moins de lipides, de graisses saturés, de cholestérol et d’acide linoléique, mais plus d’acide oléique et d’acides alpha-linolénique.

Interventions :

  • Régime méditerranéen
  • Régime alimentaire normal

Sources :

PubMed – Mediterranean diet, traditional risk factors, and the rate of cardiovascular complications after myocardial infarction

Quelques réflexions concernant cette étude clinique :

A la fin des années 1980, le professeur de Lorgeril rejoint une équipe de l’INSERM à Lyon pour conduire un essai clinique visant à diminuer le risque de complications cardiovasculaires par une modification des habitudes alimentaires.
Certaines populations présentaient un risque très faible d’infarctus et d’AVC et surtout deux populations sortaient du lot : les Japonais et les méditerranéens. Pour des raisons culturelles alimentaires, ce fut le régime méditerranéen qui fut choisit.
Il était conseillé aux patients de faire attention à la qualité de leur apport en matière grasse : soit huile d’olive soit huile de colza pour ceux qui n’appréciaient pas le goût de l’huile d’olive. Le sponsor de l’étude (Astra Calvé) fournissant aussi gratuitement une margarine à base de colza.
Chaque patient avait un entretien prolongé avec une diététicienne à chaque visite au laboratoire. Au-delà des matières grasse, les principales recommandations étaient les suivantes :

  • Moins de produits animaux, viandes, charcuteries et produits laitiers gras
  • Plus de produits végétaux, fruits et légumes
  • Plus de légumineuses : lentilles, pois chiches, haricots…
  • Plus de céréales (pain, riz…)
  • La consommation d’alcool était conseillée (officiellement, il était question de ne pas décourager les patients de boire modérément…)
  • La consommation de tabac était identique dans les deux groupes

Les résultats préliminaires furent publiés par le Lancet en 1994. Pour des raisons de tensions au sein du comité scientifique, l’INSERM se désengagea de l’étude dont le financement devint difficile. Heureusement, avec l’appui des Hospices civils de Lyon, un suivi moyen d’environ 4 ans pu être assuré et l’analyse finale fut publiée en 1999.
Les résultats sont proprement étonnants : les décès par cause cardiovasculaire sont réduits de 81% dans le groupe diète méditerranéenne par rapport au groupe normal (3 soit 0,99% versus 16 soit 5,28%), les infarctus non-mortels de 71% (5 soit 1,66% versus 17 soit 5,61%), l’ensemble « angor instable+insuffisance cardiaque+AVC+embolies » de 76% (14 soit 4,64% versus 59 soit 19,47%) et l’ensemble des décès toutes causes 60% (8 soit 2,65% versus 20 soit 6,60%).
Et tout ceci sans aucun effets secondaires, bien au contraire car tous les patients du groupe expérimental (diète méditerranéenne) ont vu leur qualité de vie s’améliorer.
Les auteurs reconnaissent que les résultats sont exceptionnels car les patients du groupe expérimental n’avaient pas tous adhéré de la même façon aux conseils diététiques, certain les ayant suivis à 100%, d’autre un peu moins. Il faut aussi remarquer que cette étude n’a pas pu être menée en double aveugle, on ne peut donc exclure un effet « placebo ». Mais il reste quand même vrai que les pays méditerranéens (et la Crête en particulier) ont un taux de maladies cardiovasculaires parmi les plus bas !
Un certain nombre de détracteurs de l’étude de Lyon affirmèrent que l’étude avait été arrêtée en 1994, après la publication des résultats intermédiaires et en déduisirent que les 27 mois d’étude étaient insuffisants pour conclure. Cependant, cette critique est infondée, étant donné les publications de 1999 et les contrôles de l’INSERM.
L’étude a aussi révélé que les deux groupes avaient un taux de cholestérol global similaire. Or, un taux élevé de cholestérol était à l’époque considéré comme une cause des MCV. Pour un certain nombre de scientifiques, il était impossible de réduire le risque de MCV sans diminuer le taux de cholestérol. Ainsi, ils remettaient en question les résultats de l’étude car évidemment l’étude allait à l’encontre du dogme du cholestérol.
Enfin, certains arguèrent du fait que le régime n’était pas exactement une diète méditerranéenne. En effet, afin d’être accepté par les patients, certains aliments avaient été modifiés (margarine au lieu de beurre, …). Ceci a induit un fort taux d’acide alpha-linoléique, un acide gras oméga-3 d’origine végétale. Cependant, les régimes méditerranéens varient d’une région à l’autre, ce qui nie la possibilité d’une diète particulière considérée comme plus légitime que les autres. Ce qui caractérise la diète méditerranéenne, c’est l’équilibre entre les acides gras oméga-3 et oméga-6.

Efficacité du régime méditerranéen testée dans le cadre de cette étude :

Résultats du régime méditerranéen sur la mortalité cardio-vasculaires et globale :
Groupe Crétois Groupe témoin Efficacité groupe Crétois vs groupe Témoin
Nombre de participants 302 303
Nbre % Nbre % % d’efficacité relative % d’efficacité absolue NNT(*) annuel
Infarctus 8 2,65% 33 10,89% 75,76% 8,24% 61
Insuffisances cardiaques 14 04,64% 59 19,47% 76,27% 14,84% 34
Décès par maladie cardio-vasculaire 3 0,99% 16 5,28% 81,25% 4,29% 117
Décès toutes causes 8 2,65% 20 6,60% 60,00% 3,95% 127
Cancers apparus après 24 mois 2 0,66% 12 3,96% 83,33% 3,30% 152

(*)NNT : Number Needed to Treat, c’est à dire le nombre de personnes à traiter (annuellement dans ce tableau) pour éviter un évènement.

Je me suis permis de mettre tous les critères car là où les statines affiche une efficacité relative relativement modeste (que les labos considèrent comme significative), nous avons là une efficacité relative des plus conséquente avec une efficacité absolue qui l’est tout autant !
Le tout sans strictement aucun effet secondaire indésirable, ce qu’il est important de préciser au vu des nombreux effets secondaires provoqués par les statines. De plus ce régime comporte d’autres effets bénéfiques qui ne rentrent pas dans le cadre de cette étude[1]
Ce qui veut dire qu’annuellement selon ce test :

  • Il aurait fallu mettre 61 personnes au régime crétois pour éviter 1 infarctus
  • Il aurait fallu mettre 34 personnes au régime crétois pour éviter 1 insuffisance cardiaque
  • Il aurait fallu mettre 117 personnes au régime crétois pour éviter 1 décès cardiaque
  • Il aurait fallu mettre 127 personnes au régime crétois pour éviter 1 décès toutes causes
  • Il aurait fallu mettre 152 personnes au régime crétois pour éviter 1 cancer

Sans compter les autres bénéfices influant sur la santé et la qualité de vie. Et tout ça, je le répète : sans strictement aucun effet secondaire indésirable !
Quel protocole de test concernant les statines peut se prévaloir de résultats équivalent ? Aucun ! Au grand désespoir des labos pharmaceutiques…

En conclusion :

Là ou les statines réduisent peu le risque cardiovasculaire et ce au prix d’effets secondaires importants, cette étude démontre que le régime méditerranéen offre une efficacité largement supérieure (environ 70% versus environ 20% pour les statines), le tout sans aucun effets secondaires indésirables.
De plus, il faut noter que le taux de cholestérol est resté le même dans les 2 groupes, ce qui prouve bien que le cholestérol n’est absolument pas la cause des maladies cardiovasculaires !