Et si on reparlait de l’Ézétimibe ?

D’après les mails que j’ai reçu depuis quelques mois, beaucoup me parlent du Liptruzet prescrit par leur cardiologue. Il semblerait donc qu’il y ait une forte poussée des prescriptions de ce produit ces derniers temps.

Pour ceux qui prennent le train en marche, je rappelle ce qu’est le Liptruzet : à savoir une association de statine (Atorvastatine à dose de 10 mg, 20 mg, 40 mg ou 80 mg) auquel est ajouté de l’Ézétimibe (10 mg). L’Ézétimibe n’étant pas dénué d’effets secondaires, ceux-ci s’ajoutent donc à ceux des statines, déjà considérables !

Là où le bât blesse, c’est au niveau de l’efficacité de l’Ézétimibe dont même la HAS reconnaît qu’il fait certes baisser le cholestérol, mais n’a strictement aucune incidence sur la réduction des maladies cardiovasculaires :

  • Un effet bénéfique de LIPTRUZET ou d’ézétimibe sur la morbimortalité cardiovasculaire n’a pas encore été démontré
  • Les autres traitements (fibrates, résines, acide nicotinique, ézétimibe) peuvent réduire le cholestérol LDL, mais aucun avantage lié à ces alternatives n’a été montré en termes de prévention secondaire des complications de l’athérosclérose

Ce n’est pas non plus l’essai clinique IMPROVE-IT sur un produit du même acabit (le Vytorin [Zetia], comprenant de la Simvastatine et de l’Ézétimibe) qui changera la donne, au vu du peu de résultats de celui-ci. A tel point que le labo lui-même a reconnu, dans son communiqué, que Les renseignements thérapeutiques pour ZETIA affirme que l’effet de ZETIA sur la mortalité et la morbidité cardiovasculaire n’a pas été déterminé. ZETIA n’est donc pas indiqué pour une utilisation avec une statine afin de réduire les événements cardiovasculaires chez les patients qui ont présenté des syndromes coronariens aigus.
C’est dire…

En outre, le laboratoire Merck lui-même a demandé une modification de l’AMM du Liptruzet afin qu’il ne soit plus référencé comme : indiqué pour réduire le risque d’événements cardiovasculaires chez les patients présentant une maladie coronaire avec un antécédent de syndrome coronarien aigu (SCA), précédemment traités ou non par statine, mais comme : traitement adjuvant au régime chez les patients adultes ayant une hypercholestérolémie primaire (familiale hétérozygote et non familiale) ou une dyslipidémie mixte lorsque l’utilisation d’une association est appropriée.

Que dire de plus lorsqu’un labo produisant un médicament demande la déclassification de l’AMM de celui-ci au titre qu’il est inefficace à réduire le risque d’événements cardiovasculaires ?

Je rappelle qu’il existe aussi un autre produit du même acabit, l’INEGY (Simvastatine + Ézétimibe) tout aussi inefficace.

Concernant l’avalanche de prescription de ces deux produits, j’aurais peut-être l’amorce d’une explication :

  • le prix de vente d’une boite de statines de marque Zocor est de 10,84€ et celui du Crestor de 14,89€ à 25,41€ selon le dosage. Quant aux statines génériques, les prix s’échelonnent de 2,97€ à 6,95€ selon les marques et les dosages.
  • le prix de vente d’une boite de Liptruzet est de 46,80€ et de 49,08€ pour l’Inégy.

The business must go on…

Bien qu’à ce point-là, on peut carrément parler de corruption ! Je voudrais qu’on m’explique l’intérêt de prescrire un médicament qui coûte entre entre 2 et 16 fois plus cher qu’un médicament de base, alors qu’il est reconnu comme inefficace à réduire les maladies cardiovasculaires.
Il est vrai que tant que la sécu rembourse, tout le monde s’en fiche complètement. À commencer par les cardiologues…

Dépakine (suite…)

En un, nous avons l’actuel président de la république : Emmanuel Macron.
En deux, nous avons Serge Weinberg, président du conseil d’administration de Sanofi depuis 2010 et proche du président qu’il fit introduire chez Rotchild à la suite de leur collaboration dans la commission Attali. Il était d’ailleurs invité lors de la cérémonie d’investiture du président.
En trois, nous avons un premier ministre, Edouard Philippe qui s’est fendu, en juillet 2017, d’une très discrète visite chez Sanofi lors de laquelle il a rencontré Serge Weinberg.
Lorsqu’on mélange le tout, nous obtenons une association de victimes de la dépakine (Apesac) vient d’être débouté de sa demande au motif de « contestations sérieuses sur le principe de la responsabilité» du laboratoire Sanofi.
Il me semble que ça fait beaucoup de coïncidences…
D’autant plus si on y ajoute l’altercation entre le député François Ruffin et Edouard Philippe sur ce sujet. Lors de celle-ci, le premier ministre à répondu : Vous êtes en train de considérer qu’il serait normal dans toute la mesure du possible de dénigrer une entreprise française, une entreprise qui fonctionne bien, qui crée des richesses en France et qui apporte des solutions sur le plan de la santé.
On savait déjà que des entreprises françaises qui créé des richesses en France ont le droit de tuer en toute impunité (cf Servier avec Médiator, Eternit et Saint-Gobain avec l’amiante…), si maintenant on n’a même plus le droit de les dénigrer…

On peut aussi ajouter à cette affaire la provision de 77 M€ pour 2018 (avec une prévision de 424 M€ à terme) par le gouvernement pour l’indemnisation des victimes. À charge pour se dernier de se retourner (ou pas…) vers Sanofi afin de récupérer le montant de cette provision. Je souhaiterais donc que Sanofi remercie individuellement et chaleureusement tous les contribuables français de participer à l’indemnisation des victimes suite aux préjudices causés par un produit maintenu sur le marché malgré plusieurs alertes dénonçant sa dangerosité pour les femmes enceintes.

Pour info, Sanofi a généré en 2015, grâce à la Dépakine, un chiffre d’affaires mondial de 422 millions d’euros. Au premier semestre 2016, ses ventes se sont élevées à 206 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires mondial de Sanofi de 15,9 milliards.

Il vaut mieux lire attentivement les notices des médicaments… et en tenir compte !

J’avais déjà parlé plusieurs fois des méfaits de la Dépakine (ici, ici et ici), un antiépileptique produit par Sanofi et accusé d’avoir provoqué des malformations chez les nouveaux nés alors qu’il était prescrit à de nombreuses femmes enceintes depuis plusieurs décennies.

Une association de victimes de la dépakine (Apesac) vient d’être débouté de sa demande au motif de « contestations sérieuses sur le principe de la responsabilité» du laboratoire Sanofi. En effet, ce dernier se retranche sur le fait d’avoir toujours respecté ses obligations d’information et avoir averti les autorités de santé.

Je rappelle ce que j’avais écrit dans un précédent article, à savoir : Jusqu’en 2000, la notice à destination des patients indique qu’en cas de grossesse ou d’allaitement, il convient de consulter son médecin, mais elle n’évoque pas les risques encourus par le fœtus. Ce n’est qu’en 2006 qu’elle déconseille pour la première fois l’utilisation de la Dépakine chez la femme enceinte, sans pour autant mentionner les risques de malformation et de troubles du développement. Ils étaient pourtant connus dans la littérature scientifique depuis 1982 pour les premiers et 1994 pour les seconds.

Attention :

Avis à tous ceux qui prennent une statine : vous devez savoir que si vous subissez un effet secondaire et que celui-ci est inscrit sur la notice de celle-ci, vous n’aurez en aucun cas le droit de vous plaindre. Vous étiez prévenus des effets secondaires et le labos ne peut être tenu pour responsable même en cas d’effets secondaires graves !

J’en profite pour signaler quelque uns de ces effets secondaires important (extrait de la notice de la Pravastatine [VASTEN] produite par Sanofi) :

  • Effets sur le système immunitaire :
    • Des réactions allergiques sévères peuvent se produire et se manifester par un certain nombre de symptômes : gonflement du visage, des lèvres, de la langue et/ou de la gorge pouvant provoquer des difficultés respiratoires (angio-œdème).
    • Une maladie sévère de la peau (éruption cutanée pseudo-lupique).
  • Effets sur le foie : atteinte du foie parfois sévère (hépatite), jaunisse (coloration jaune de l’œil et de la peau)
  • Effets digestifs : atteinte du pancréas (pancréatite).
  • Effets neurologiques : atteinte des nerfs des membres (neuropathie périphérique), sensation de picotement ou de fourmillement (paresthésie).
  • Effets sur la peau : démangeaisons, éruption sur la peau, urticaire, problèmes touchant les cheveux et le cuir chevelu, y compris perte de cheveux (alopécie).
  • Effets sur la vessie : problèmes urinaires.
  • Effets sur les muscles : destruction des cellules musculaires (rhabdomyolyse) pouvant être grave et pouvant entraîner des lésions des reins, inflammation d’un ou plusieurs muscles entraînant une douleur ou une faiblesse musculaire (myosite ou polymyosite).

Vous voici prévenus !

Cholestérol, le grand bluff

Pour ceux qui ne l’ont pas vu (ou ceux qui souhaite le revoir), le documentaire d’Anne Georget « Cholestérol, le grand bluff » est rediffusé sur Arté mardi 28 novembre 2017 à 20h30.

Un documentaire qui, lors de sa précédente diffusion, avait fortement déplu à tous les grands adorateurs inconditionnels des statines…

 

Diabète : les lobbies industriels et pharmaceutiques ont gagné…

C’est en gros la conclusion de deux articles parus sur le Monde. N’étant pas abonné, je n’ai pu lire les articles en entiers mais voici quelques chiffres :

  • Les ventes de médicaments antidiabétiques ont rapporté aux laboratoires pharmaceutiques 44 milliards de dollars en 2016 avec une prévision de 58 milliards de dollars en 2022
  • Il y a actuellement 425 millions d’adultes diabétiques dans le monde en 2017, avec là aussi une prévision de 629 millions en 2045

Soit un gigantesque marché (le deuxième devant les anticancéreux) et en pleine expansion.

Mais les industriels ne s’arrêtent pas en si bon chemin, ceux-ci faisant un lobbying intense au niveau de l’Union Européenne pour bloquer toute mesure de prévention qui viserait à réduire l’impact du diabète par des mesures d’hygiène alimentaire et qui seraient susceptibles de réduire leur chiffre d’affaires. On peut citer par exemple le Nutriscore, la réduction du sucre dans les aliments, la taxe sur les boissons sucrées ou encore la suppression de la publicité pour les aliments sucrés aux heures de grande écoute.

En 2016, Coca-Cola aurait dépensé (officiellement…, après il y a ce qui se traite en secret…) 670 000 euros, Nestlé de 200 000 à 300 000 euros et le Comité européen des fabricants de sucre de 100 000 à 200 000 euros.

Bref, rien de nouveau sous le soleil. La santé des individus n’a strictement aucune importance du moment que ça peut rapporter un maximum de fric !