Un point sur les tendinopathies induites par la prise de statines

Plusieurs lecteurs m’ont fait remonter des problèmes de tendons concomitant à la prise de statines et m’ont signalé que cet effet secondaire n’apparaissait pas sur mon site. Effectivement, je n’avais jamais abordé celui-ci qui semblerait peu répandu, mais néanmoins présent. Un ami m’ayant justement fait part de ses soucis de tendons dus à la prise de statines (je vous rassure, il a arrêté celles-ci depuis…), je me suis donc décidé à faire des recherches sur cet effet indésirable.

Tout d’abord, l’ANSM, dont on connaît l’extrême prudence quant à l’évaluation négative d’un médicament, reconnaît tout de même que cet effet secondaire existe bel et bien1 : « Plus rarement ont été décrites, des douleurs ou des crampes musculaires et exceptionnellement une atteinte des tendons. » Cette pathologie est aussi précisée dans la notice du produit (Atorvastatine – 10mg), en effet il y est cité : « Effets indésirables rares : lésion des tendons».

On peut noter que cet effet indésirable « rare » mais néanmoins suffisamment présent pour pourrir la vie de nombreux patients, n’apparaît dans aucune des plus grandes études sur les statines (JUPITER [Quoique cette dernière ne soit pas vraiment une référence, les chercheurs ayant même réussi à occulter l’augmentation spectaculaire des cas de diabète induit par les statines…], AURORA, LIPID, WOSCOP, etc.).

Concernant la fréquence et la gravité des tendinopathies dues aux statines, je vous livre une analyse clinique relativement récente (2014) qui fait un résumé exhaustif des faits3 :

« Les statines, une famille de médicaments bien connus pour induire des effets secondaires musculaires potentiellement graves (myopathie et rhabdomyolyse), ont été récemment incriminées dans la survenue de tendinopathies. Les premiers cas ont été signalés au début des années 2000, plus de 10 ans après que les premières statines sont devenues disponibles sur le marché. La tendinopathie est un effet de classe des statines, qui sont très largement prescrites (avec quatre statines parmi les 30 médicaments les plus prescrits en France en 2004).
La lésion tendineuse induite par les statines est un effet secondaire rare qui ne représente que 2,1 % de tous les effets secondaires signalés. Il n’y a aucune preuve de dépendance à la dose. Le délai moyen entre l’initiation des statines et les lésions des tendons est de 10 mois. La tendinopathie représente 65,6 % des cas et la rupture tendineuse 34,4 %. L’atteinte du tendon d’Achille prédomine (52,1 % des cas) et est généralement unilatérale (58,7 % des cas). Les autres sites d’implication signalés sont les tendons de la coiffe des rotateurs, le tendon du biceps brachial, le tendon extenseur radial du carpe radial, les tendons extenseurs des doigts et fléchisseurs, le tendon gluteus medius et le tendon quadricipital. Dans une étude rétrospective de plus de 100 cas de rupture du tendon du biceps brachial, le risque de rupture spontanée a été presque doublé chez les patients traités par statine par rapport aux autres patients.
Les fondements physiopathologiques de la toxicité tendineuse induite par les statines n’ont pas été élucidés. Une étude des tendons d’Achille de rats traités aux statines a montré des changements dans la composition de la matrice extracellulaire et une augmentation de l’activité des métalloprotéinases par rapport à contrôles. Certains auteurs suggèrent un effet néfaste des statines sur la croissance et la différenciation des ténocytes, analogue à celui observé avec les myocytes et éventuellement lié à des altérations de la teneur en lipides du milieu intracellulaire et de la membrane des ténocytes. Comme pour les quinolones, un âge avancé, une tendinopathie préexistante et une activité physique intense augmentent le risque de lésion tendineuse induite par les statines.
Un autre facteur de risque est l’utilisation concomitante de la quinolone par rapport à la statine seule.
 »

J’ai bien entendu effectué d’autres recherches sur internet concernant cette pathologie et j’ai trouvé plusieurs autres études (24 à ce jour, mais il y en a peut-être d’autre…) détaillant et confirmant cet effet secondaire. Il va de soi que j’ai bien évidemment mis à jour la page Les effets secondaires des statines avec ces nouveaux éléments.

On peut donc en conclure que les tendinopathies concomitantes à la prise de statines existent et bien que peu fréquentes (par rapport à bien d’autres effets secondaires…), sont suffisamment présentes pour que de nombreux patients aient à en subir les conséquences.

Pour terminer, je vous livre l’histoire d’un médecin sous statines4 qui a eu à subir cet effet secondaire à répétition. Son histoire a fait l’objet d’un suivi médical poussé et mérite d’être citée, car il prouve bien que cet effet secondaire indésirable des statines, hélas occulté par de nombreuses études (celles financées par les labos…), existe bel et bien et devrait réellement être pris en compte :

« Un pédiatre de 44 ans a été diagnostiqué avec une hypercholestérolémie hétérozygote familiale basée sur des valeurs lipidiques (mg/dl) montrant un cholestérol total de 397, un HDL de 105, des triglycérides de 109 et un taux de cholestérol LDL calculé par Friedewald de 271 mg/dl. Il a développé une déchirure partielle dans son tendon gastrocnémien en 2009, 15 ans après le début du traitement aux statines, alors qu’il recevait 40 mg d’atorvastatine par jour. Il a subi une rupture complète du tendon du biceps droit en 2010, après 16 ans de traitement aux statines, alors qu’il recevait 80 mg d’atorvastatine par jour. Il a eu une déchirure partielle répétée de son tendon gastrocnémien en 2011, après 17 ans de traitement aux statines, alors qu’il recevait 40 mg par jour d’atorvastatine. Son hyperlipidémie a ensuite été traitée avec de la rosuvastatine à raison de 10 mg par jour et il a eu une rupture partielle du tendon du coude gauche, en 2012, après 18 ans de traitement aux statines. Quelques mois plus tard, en 2012, il a eu une rupture partielle du tendon du poignet gauche, à nouveau sous rosuvastatine 10 mg par jour. Les statines ont été arrêtées. Deux mois plus tard, la rosuvastatine à raison de 10 mg par jour a été redémarrée et une douleur au tendon du poignet gauche a rapidement réapparu. La rosuvastatine a été interrompue après environ 19 ans de traitement total par statines et il n’a pas repris le traitement par statines. Il n’a eu aucune réapparition de tendinite ou de rupture de tendon au cours des 5 années suivantes. Il n’a aucun facteur de risque connu de pathologie tendineuse, comme le diabète sucré, l’hyperuricémie, une maladie rénale chronique, l’hyperparathyroïdie ou l’utilisation concomitante de médicaments tels que les fluoroquinolones ou les corticostéroïdes. Il n’avait pas de xanthome à l’examen physique. Il est physiquement actif mais ne se livre à aucune activité qui aurait pu le mettre en danger de traumatisme ou de surutilisation des tendons. »

J’ose espérer que, suite à la lecture de cet article, un patient qui aurait subit les mêmes problèmes que la personne citée ci-dessus n’attendra pas si longtemps avant de mettre les statines en cause…

 

2 réflexions au sujet de “Un point sur les tendinopathies induites par la prise de statines”

  1. https://www.osteopatheuccle.com/single-post/2016/06/10/Tendinopathies-induites-par-les-statines-Fr%C3%A9quence-localisation-et-population-type

    Bonsoir,

    le commentaire en bas de page de l’article, de mr Othello m’a fait un peu l’effet kiss cool ; après l’avoinée de l’article, le fait que pour ce monsieur, la tendinopathie des tendons d’achille se déclenche des années après l’arrêt des statines me laisse à penser que je n’en ai pas fini avec ces problèmes , bien qu’ayant arrêter les statines…

    DE-GOU-TE que je suis, et le mot est faible.

    Meilleurs voeux malgré tout ! et envers tout !

    Répondre
    • Hélas, nous sommes pas tous égaux devant les effets secondaires. Certains y échapperont, d’autres non. Certains auront une disparition de leurs symptômes dès l’arrêt des statines, ceux-ci perdureront chez certain, voir redeviendront un certains temps après l’arrêt de celles-ci.
      Tout dépend de votre sensibilité aux médicaments (et à leurs effets secondaires), de votre hygiène de vie et surtout de la durée d’exposition au produit incriminé…

      Répondre

Laisser un commentaire