Vous reprendriez bien une louche d’hypocrisie…

En écoutant la radio, j’ai surpris un communiqué relatif à l’insuffisance cardiaque. Celui-ci parlait d’une vieille dame qui n’était plus capable de jouer avec son chien. Un jour elle est allée chez son docteur, celui-ci lui a diagnostiqué une insuffisance cardiaque et maintenant elle va super bien. À la suite de cette histoire idyllique, le communiqué a embrayé en donnant l’adresse d’un site web pour tout savoir sur l’insuffisance cardiaque1.

Je suis donc allé visiter le site en question et la première chose que j’ai remarqué est le tout petit bandeau « Novartis France » en haut de la page web. Ensuite, une fois passé tout le blabla, nous tombons en pas de page sur un magnifique logo « Novartis ». Puis, si l’on clique sur le lien Qui sommes-nous ?, nous déclenchons une fenêtre pop-up entièrement dédié à la gloire de Novartis. Quant au l’interrogation « whois », il nous donne Novartis comme propriétaire du site… Ce qui signifie que cette campagne à donc été entièrement initiée et financée par Novartis.

En outre, elle est une resucée de celle lancée initialement en 2018 à l’intention du grand public2, des pharmaciens3 ainsi que des centres hospitaliers4.

N’oublions pas que Novartis a reçu fin 2018 l’autorisation de mise sur le marché de son nouveau médicament contre l’insuffisance cardiaque : l’Entresto®5, et c’est le donc bon moment pour solliciter les praticiens, cardiologues et autres personnalités du corps médical (sans oublier les patients, qui seront bien souvent les premiers à le réclamer…) afin qu’ils soient bien sensibilisés à ce nouveau produit miracle. Ce médicament à d’ailleurs reçu le Prix Galien France 2017, la plus haute distinction attribuée à la recherche et l’innovation pharmaceutique6. C’est dire si ce nouveau médicament est indispensable pour la santé et la survie des patients atteint d’insuffisance cardiaque.

Le seul hic, finalement, est que ce médicament a obtenu un avis d’Amélioration du service médical rendu (ASMR) de niveau 4, c’est-à-dire « mineur »7 (Pour rappel, sur la base des données disponibles il avait été conclu à un impact faible d’ENTRESTO® sur la santé publique.).

Une petite dernière : le prix de commercialisation de l’Entresto® est de 72,12 euros pour la boîte de 28 comprimés, et de 142,67 pour celle de 56 comprimés8. Par comparaison, le prix d’une boite de Valsartan générique est de seulement… 11,26 euros pour la boite de 90 comprimés9 (pour le dosage le plus élevé et donc le plus cher). Soit un prix de vente multiplié par 20 fois, ou encore une augmentation de 2 000 % du prix. Pas mal pour un médicament qui n’apporte quasiment aucune amélioration pour cette maladie.

Et tout ceci étant bien évidemment largement remboursée par l’Assurance Maladie, avec donc faible impact sur la santé publique mais avec un impact maximum sur les comptes de notre chère sécu…

Mais que voulez-vous, « business is business » et pourquoi s’en priver ? Tant que l’assurance Maladie rembourse sans moufter et que les gouvernements et ministres de la santé successifs préfèrent réduire le personnel hospitalier afin de faire des économies plutôt que s’attaquer aux vrai causes…

 

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