Pourquoi en 2019 on prescrira encore et toujours plus de statines

Je reviens sur les recommandation 2018 de la « American College of Cardiology/American Heart Association » concernant la gestion du cholestérol (Guideline on the Management of Blood Cholesterol) et qui font référence dans le milieu cardiologique.

Tout d’abord les 10 principaux messages à retenir pour réduire le risque de maladies cardio-vasculaires artérioscléreuses (ASCVD) :

  1. Chez tous les individus, mettez l’accent sur un mode de vie sain pour le cœur tout au long de la vie. (NB : pour l’instant, rien à redire…)
  2. Chez les patients atteints d’ASCVD clinique, réduire le taux de C-LDL avec des statines à haute intensité ou des statines tolérées au niveau maximal pour diminuer le risque d’ASCVD.
  3. Dans les ASCVD à très haut risque, utiliser un seuil de C-LDL de 70 mg/dL (1,8 mmol/L) pour envisager d’ajouter des non-statines (Ezetimibe ou PCSK9) aux statines.
  4. Chez les patients atteints d’hypercholestérolémie primaire grave (LDL-C ≥190 mg/dL (≥4,9 mmol/L)), sans calculer le risque d’ASCVD sur 10 ans, amorcer un traitement par statines à haute intensité.
  5. Chez les patients âgés de 40 à 75 ans atteints de diabète sucré et présentant un taux de C-LDL de ≥70 mg/dL (≥1.8 mmol/L), commencer à prendre des statines d’intensité modérée sans calculer le risque ASCVD sur 10 ans.
  6. Chez les adultes de 40 à 75 ans dont la prévention primaire de l’ASCVD a été évaluée, discuter des risques entre le clinicien et le patient avant de commencer un traitement par statines. (NB : vu l’intolérance de certains praticiens, ce n’est pas gagné…)
  7. Chez les adultes de 40 à 75 ans sans diabète sucré et avec LDL-C ≥70 mg/dL (≥1.8 mmol/L), à un risque ASCVD de 10 ans de ≥7.5%, commencer une statine d’intensité modérée si une discussion des options thérapeutiques favorise le traitement par statine. (NB : idem remarque ci-dessus…)
  8. Chez les adultes de 40 à 75 ans non atteints de diabète sucré et présentant un risque de 5 % à 19,9 % à 10 ans, les facteurs de risque favorisent l’amorce d’un traitement par statines (voir le point 7).
  9. Chez les adultes de 40 à 75 ans sans diabète sucré et présentant des taux de C-LDL ≥70 mg/dL-189 mg/dL-189 mg/dL (≥1.8-4.9 mmol/L), avec un risque ASCVD sur 10 ans de ≥7.5%- 19.9%, si une décision concernant le traitement par statine est incertaine, envisager de mesurer le score calcique (NB : il est étonant de constater que certaines étude font justement état de l’augmentation de ce dernier à cause des statines…) .
  10. Évaluer l’observance et le pourcentage de réponse aux médicaments abaissant le taux de C-LDL et aux modifications du mode de vie en répétant la mesure des lipides de 4 à 12 semaines après l’instauration des statines ou en ajustant la dose tous les 3 à 12 mois, au besoin.

J’en ai aussi extrait les 2 schémas suivants :

 

Comment dire ????

Ah, au fait, petit complément d’information :
  • l’American Heart Association est sponsorisée par notamment Bristol-Myers Squibb, Boeringer Ingelheim, Lilly, Novo Nordisk, Bayer, Tylenol, Novartis, AstraZeneca, Pfitzer et Sanofi Regeneron1. Il est intéressant de noter que les différents labos ont contribué directement au financement de l’association à hauteur de presque 28 millions 500 mille dollars2. Auquel financement il faut déduire (entre autres cadres grassement rémunérés…) le salaire de la directrice générale (CEO) Nancy Brown qui s’est établi, en 2017, à plus d’un million et demi de dollars (plus quelques autres broutilles) sur un budget total d’un peu plus de 850 millions de dollars3. Budget dans lequel interviennent aussi indirectement les labos lors de manifestation « parrainées » par ces derniers…
  • L’American College of Cardiology, quant à lui, est sponsorisé en autres par Amarin, AMGEN, AstraZeneca, Esperion, Janssen, Novartis, Novo Nordisk, Pfitzer, Portola, Regeneron, Sanofi, Bristol-Myers Squibb et Pfitzer4 pour un financement direct de presque 1 million 400 mille dollars, auquel il faut ajouter les divers financements indirects perçu lors de manifestations et dont la quantité est telle que je n’ai pas eu le courage d’en établir le montant…

Tout ceci expliquerait-il l’engouement de ces deux institution vis à vis des statines ?

 

 

2 réflexions au sujet de “Pourquoi en 2019 on prescrira encore et toujours plus de statines”

  1. Bonjour,
    Je découvre vôtre site et constate l’étendue de vos « recherches » sur le sujet et cela fait écho à mon cas personnel.
    Je voudrais toutefois savoir si vous vous êtes aussi penché sur le sujet des chiffres de la mortalité avant et après la controverse concernant l’arrêt des statines.
    Je pense, sans me tromper, que vous connaissez (peut être même personnellement) et avez suivi la démonstration faîte par ce professeur de Grenoble qui ne cesse de dénoncer le mensonge sur ces médicaments et la théorie du cholestérol qui va de pair.
    J’ai mis moi même quelques temps à retrouver ces informations (disponible à l’adresse suivante: https://www.cepidc.inserm.fr/causes-medicales-de-deces/interroger-les-donnees-de-mortalite), qui témoignent bien qu’un pic de mortalité n’a pas été constaté au cours des années 2013 et 2014. Bien au contraire.
    Avant d’aller plus avant dans ma question, je me dois de préciser que j’ai fait un infarctus en 2011 à 40 ans, que j’ai pris pendant six ans du crestor à 5mg et que en 2017 suite à un test d’effort positif j’ai été multi stenté. Mes coronaires étant bouchées à plus de 90%… Bref je suis un patient qui sans avoir rien vu, lu ou su des polémiques autour des médicaments s’est dit qu’un truc ne collait pas. Surtout le jour ou l’on m’a dit que de 5mg je devais désormais passer à 10 et puis encore à 20mg. Pour terminer le cas clinique sans être trop long, je précise aussi que je n’ai pas d’antécédents familiaux, pas de HTA, pas de diabète, je ne fume pas, je mange bio le plus possible, etc etc…
    Donc depuis peu (six mois), je me suis un peu fâché avec mon cardiologue car en effet je ne prends plus de statine. Mais malgré tout ce que j’ai lu sur ce débat de spécialistes pro et anti statine, reste toujours ce doute. Normal, tout le milieu médical vous dit que vous devez prendre cela pour vivre, il est donc logique de se poser pas mal de question lorsque l’on se décide d’arrêter.
    Tout cela pour trouver, et voila j’y suis enfin, cette démonstration irréfutable sur le fait que la mortalité n’a pas augmenté, bien au contraire suite à cette controverse qui a conduit des patients (combien?) à arrêter leur traitement.
    Alors, en consultant ces chiffres, je m’interroge aussi, qu’en est t’il de l’année 2015 on l’on voit la mortalité ischémique (33419 décès) repartir à la hausse pour revenir quasiment à son niveau de 2013 (33585 décès)…
    Qu’en est t’il pour les années suivantes? Avez vous, vous mêmes pu trouver des sources?
    La chose en effet devient ici très frustrante. On parle d’étude de l’assurance maladie mais rien qui n’est jusqu’ici été rendu public.
    D’autant plus que la toute nouvelle présidente de la société de cardiologie parlait encore récemment de catastrophe sanitaire. Présidente qui de fait n’a pas manqué de déclencher la réponse sarcastique de l’AIMSIB.
    Peut être qu’enfin la « froideur » de ces chiffres serait ici un élément de réponse probant.

    Fred

    • Merci ce partage d’expérience avec les statines.
      j’avais écrit un article concernant les chiffres de mortalités dus à l’arrêt des statines (Arrêter les statines aurait fait baisser la mortalité cardiovasculaire en France), celui-ci étant un rappel des commentaires du Pr de Lorgeril sur ce sujet. je n’ai pas jugé utile de relancer ce sujet, la polémique étant (pour l’instant) retombée. Mais soyez assuré que je reste vigilant et ne manquerais pas le prochain rendez-vous…
      Concernant vos doutes sur l’utilité ou non de prendre (ou d’arrêter…) les statines, je vous rassure : j’ai vécu les mêmes !
      C’est donc pour ça que je continue et partage encore et toujours mes recherches. Mais je peux vous assurer, au vu de tout ce que j’ai appris et découvert, que maintenant je ne doute plus un instant. J’ai beaucoup travaillé sur mon hygiène de vie, mange beaucoup de légumes (bio), cuisine à l’huile d’olive et me suis mis au yoga (en plus de mes autres activités sportives).
      Après, comme je l’ai dit à mon cardiologue, je mets toutes les chances de mon côté mais le risque reste néanmoins présent. Je dois avouer qu’au pire et au vu des effets secondaires que les statines provoquent sur moi, je préfère nettement mourir d’un infarctus dans quelques années que de vivre encore 20 ou 30 ans comme un légume. Et de toute façon, vu le peu d’efficacité des statines, même pas sûr que je sois protégé grâce à elles.
      Comme l’a dit un cardiologue à un ami sous statines depuis 10 ans (il a arrêté depuis) et ayant quand même fait un infarctus : « Ah… mais si vous n’aviez pas pris de statines, vous l’auriez fait bien avant ».
      Personnellement, je serais prêt à décerner le prix de la mauvaise foi à ce dernier…

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