Madame Buzin, comment dire… ?

J’ai longuement hésité avant d’écrire cet article. Le sujet est sensible et je suis bien conscient que c’est un véritable problème de société. En outre, j’ai voulu prendre le temps de la réflexion car vos propos, ainsi que ceux de votre collègue M. Lowenstein m’ayant fortement agacés, je ne souhaitais pas que mes écrits dépassent ma pensée. Voyez-vous, je n’ai pas du tout cette capacité, contrairement à de nombreux politiques, de dénigrer le lendemain tout le contraire de ce que j’avais affirmé la veille (ou l’inverse…).

Bref, Madame Buzin comment dire… ?

J’ai visionné le débat « Alcool, un tabou français ? » dans lequel vous êtres intervenue. Je tiens à préciser que je suis conscient que l’addiction à l’alcool est un vrai fléau (tout comme n’importe quelle addiction quelle qu’elle soit) et sur ce point je suis tout à fait d’accord avec vous. Là où je ne le suis pas du tout, ce sont sur les exagérations et les mensonges en tous genres ainsi que sur la stigmatisation qui a été faite lors de ce débat vis-a-vis des gens qui, comme moi, se contentent d’une consommation extrêmement modérée et raisonnable de vin.

Que dire aussi des interventions de votre collègue M. Lowenstein dont les exagérations m’ont sidéré. Oser affirmer que boire un verre de vin est l’équivalent d’une ligne de coke ou d’un shoot d’héroïne (et pourquoi pas du crack, tant qu’à faire peur ?) démontre quand même une certaine étroitesse d’esprit qui confine à l’intégrisme. Un peu comme Mme Perichon qui ose mettre dans le même panier un conducteur qui dépasse de 10 km/heure la vitesse autorisée sur une autoroute rectiligne, dégagée et bien sèche et celui qui roule à 90 km/heure en pleine ville, devant une école et à l’heure de sortie des élèves !
En outre cet individu, non content de faire des amalgames nauséabonds se permet de multiples contrevérités. Oui, M. Lowenstein, contrairement à ce que vous assurez il y a des études qui prouvent le bienfait d’une consommation modérée de vin ou d’alcool et non, elles ne sont pas financées par l’industrie du vin ou de l’alcool. J’ai vérifié celles que j’ai mis en ligne et je peux vous contredire avec certitude : aucune n’est financée par un organisme ayant un lien de près ou de loin avec l’alcool. Donc vous avez honteusement menti (avec quel aplomb, en plus !) pour justifier votre position.
Par contre je vous rejoins sur le fait qu’une étude financée par une industrie en lien étroit avec celle-ci ne peut pas être crédible, à l’instar des études sur les statines financées par les industries qui les fabriquent…

Je ne reviendrais pas sur les témoignages des intervenants de cette émission. Oui l’alcoolisme est un problème de société, oui l’abus d’alcool est dangereux pour la santé, oui le Binge drinking est un vrai problème. Mais de là à mettre dans le même panier une consommation de 2 bouteilles de vodka par jour et celle d’un verre de vin à chaque repas, il y a un amalgame pitoyable que votre collègue M. Lowenstein n’a pas hésité à faire.

Il a aussi fait état des publicités 4 × 3 sur des boissons alcoolisées dans les rues, près des écoles ou des collèges. Sur ce point je suis tout à fait d’accord avec vous, elles n’y ont pas leur place (tout comme d’ailleurs n’importe quel panneau publicitaire qui n’a pour seul mérite que d’enlaidir le paysage…) mais les mêmes panneaux publicitaires vantant les mérites des hamburgers d’une marque célèbre devant les écoles et les collèges, ça ne vous gêne pas ? Et ceux vantant une pâte à tartiner dont la teneur en sucre et en matière grasse est carrément indécente, ça ne vous gène pas non plus ? Tout comme ceux vantant les bonbons, pizzas, barres chocolatées et autres nourritures de merde, sans oublier la publicité pour une boisson dont il a été prouvé que son fabriquant avait volontairement falsifié des études pour prouver l’innocuité du sucre, ça ne vous dérange pas ?
Quelques chiffres en passant : 46 % de la population est en surpoids, l’obésité explose avec son cortège de maladies associées (diabète, problèmes cardiovasculaires, cancers, etc.) et ça ne fait qu’empirer. Ah oui, j’oubliais ce n’est pas votre combat prioritaire…
Et que dire sur toutes ces publicités sur les chaînes de télévision, aux heures de grande écoutes, pour des aliments « trop gras, trop sucrés, trop salés » ? Nos chères têtes blondes (ou brunes, ou rousses…) sont plus sensibles au message véhiculé par un célèbre champion de tennis français suisse vantant les qualités d’une barre chocolatée que par celui d’un bandeau écrit en tout petit et défilant trop vite…
Mais lorsqu’on sait que la proposition de suppression de ces publicités a été torpillée par les lobbies agroalimentaires (avec la complicité d’une majorité de députés…), de même pour l’affichage de la qualité nutritionnelle des aliments qu’ils ont obtenue non obligatoire (toujours grâce à ces mêmes députés..,). N’oublions pas non plus la formation à la diététique dans les écoles qui devait être assurée par le CEDUS (pour ceux qui ne suivent pas, le porte-parole de l’industrie du sucre…) et qui n’a été évitée que par une mobilisation des parents et ce contre l’avis, là-aussi, d’une majorité des députés ! Quels magnifiques exemples de la puissance et la nuisance des lobbies agroalimentaires !
Alors si vous voulez être cohérente, pourquoi pas les mêmes restrictions pour les publicités sur la malbouffe que sur l’alcool et donc interdire toute publicité pour les produits « trop gras, trop sucrés top salés » ?

Quant à affirmer que le lobby de l’alcool est aussi puissant que celui des armes aux USA, mais Mme Buzin et M. Lowenstein, sur quelle planète vivez-vous pour oser raconter de telles conneries ?
Je n’ai pas les chiffre des dépenses de lobbying en France, mais j’ai ceux des dépenses françaises de lobbying (février 2018) pour l’Union Européenne[1]. Par ordre croissant des dépenses de lobbying, Pernod-Ricard arrive en… 38e position, derrière la plupart des banques (celles que nous, contribuables, avons dû renflouer à la suite de la crise financière de 2008 !) et juste devant… Sanofi (Ah oui, mais Sanofi ce n’est pas grave, ce sont vos grands amis !).
Il faut aller jusqu’à la 109e place pour y trouver Moët-Hennessy, la Fédération française des vins et apéritifs en 111e position et enfin l’Institut français de la vigne et du vin en 199e position. Quant aux dépenses de lobbying au niveau de l’Union européenne, les plus grands pourvoyeurs en sont les industries chimiques, les banques, les industries les plus polluantes et les industries pharmaceutiques…

Alors Madame Buzin, comment dire… ? J’ai eu l’occasion d’échanger avec une personne qui vous a rencontrée alors que étiez présidente de l’Inca et celle-ci vous a jugé comme étant intolérante et bornée. À la vue des derniers évènements, nous avons eu tous l’opportunité de juger la véracité de ce jugement et je vous rassure, vous ne déméritez par auprès des précédents ministres de la santé.

Finalement,  vous voulez que je vous dise ? j’ai 62 ans et vu le peu de cas que vous faite du personnel soignant, des hôpitaux et de la santé en général dont vous restreignez les budgets sans-cesse, je préfère encore mourir d’ici quelques années de je ne sais quoi (soi-disant à cause de ma consommation très modérée d’alcool…) que de finir trop vieux à me pisser dessus dans un Ehpad.

Alors Madame Buzin, comment dire… ?

Toute ministre que vous êtes, vous voulez que je vous dise où vous pouvez vous les mettre, vos propos moralisateurs et outranciers ?

Je vais rester correct : dans votre poche avec votre mouchoir par-dessus !

  1. Transparency International : EU Lobbyists

1 réflexion au sujet de “Madame Buzin, comment dire… ?

  1. Bonjour, Bravo et merci de vos commentaires, ceux de notre « chère » ministre dans cette émission m’ont tellement estomaquée que je n’aurai pu mieux dire. Honte à elle de nous prendre pour des cons et ce n’est pas fini ! il va falloir rester vigilant !

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