Les statines et autres hypocholestérolémiantsdown

Un peu d'histoire :

Plusieurs médicaments ayant une action sur le cholestérol ont été développés au cours des années 60 et 70 : œstrogènes, acide nicotinique, cholestyramine et fibrate. Ces médicaments permettent bien de faire baisser le taux de cholestérol dans l’organisme, mais hélas les résultats concernant la baisse de la mortalité cardiovasculaires sont loin d'être concluants...
Divers essais cliniques sont conduits à cette époque : l’essai de l’OMS (Heady, 1973) avec le Clofibrate, le Coronary Primary Prevention Trial (Anonyme, 1979) avec la Cholestyramine et le Coronary Drug Project (Zukel, 1983) avec cinq médicaments (acide nicotinique, clofibrate, dextrothyroxine, et des œstrogènes à deux dosages différents). Or les trois essais vont produire des résultats négatifs, ce qui va mettre en doute l’hypothèse que le cholestérol soit un facteur de risque des maladies cardiovasculaires. La prise de ces médicaments n’entraînant aucune baisse de la mortalité cardiovasculaire ![1]
D'autres médicaments ont été aussi utilisés pour faire diminuer le LDL-cholestérol tels que les fibrates, à partir de 1975 pour le fénofibrate encore assez largement prescrit de nos jours. L’un des chefs de file, le tristement célèbre clofibrate autorisé en France en 1982, défraya la chronique dès 1984. Malgré sa capacité à réduire la quantité de cholestérol dans le sang, une étude organisée par l’OMS et publiée dans le Lancet[2] avait conduit à observer davantage de décès (47% !) dans le groupe traité que dans celui recevant un placebo.
Les statines, plus puissantes sur la baisse du cholestérol que les fibrates, ne furent introduites que plus tard. Leur premier représentant en France, la Simvastatine fut commercialisé en 1988. La Pravastatine lui emboîta le pas dès l’année suivante, suivie de la Fluvastatine en 1995, de l’Atorvastatine en 1997, puis de la Cérivastatine en 1998 qui fut presque aussitôt retirée du marché mondial en août 2001[3] suite à de nombreux décès survenus après rhabdomyolyses, et enfin la Rosuvastatine lancée en 2003. Le temps passant, leur efficacité devient de plus en plus contestée ainsi que la sous-évaluation chronique de leurs effets secondaires.
Puis est sorti l'Ézétimibe qui, lui non plus, n'a pas réussi à produire un quelconque résultat positif malgré une baisse encore plus conséquente (plus de 50%...) du cholestérol LDL ! (voir essais cliniques ENHANCE, SEAS et IMPROVE-IT)

Mais ça, c'était avant... Où en sommes nous aujourd'hui ? :

La plupart des statines étant désormais tombées dans le domaine publique (et donc remplacés par des génériques), il a bien fallu trouver d'autres pistes. Le cholestérol HDL étant le « bon cholestérol », les labos ont donc tenté d'augmenter artificiellement ce dernier grâce aux inhibiteurs de la CETP.
Là encore les essais ne furent guère plus concluants : l'essai ILLUMINATE ayant été interrompu prématurément au bout d'un an et demi à cause d'une augmentation de 60% des décès... Et ce malgré une augmentation de 71% du cholestérol HDL ainsi qu'une diminution de 21% du cholestérol LDL ! Les essais cliniques suivants de ces inhibiteurs de la CETP non pas démontrés non plus jusqu'à présent une quelconque efficacité...
La toute dernière piste en vogue se trouve être les inhibiteurs de PCSK9 via l'Alirocumab (Sanofi-Regeneron), l'Evolocumab (Amgen) et le Bococizumab (dont Pfitzer à stoppé le développement). La FDA et l'EMA ont accordés l'AMM des deux premiers produits sur la seule base d'une réduction du cholestérol, aucune efficacité sur les maladies cardiovasculaires n'ayant été fourni. Je cite le communiqué officiel provenant d'AMGEN : Les données disponibles ne permettent pas encore de déterminer les avantages à long terme du Repatha dans la réduction des maladies cardiaques ou des décès par maladie cardiaque

Les principaux médicaments hypocholestérolémiant :

Par souci de clarté, je n'ai fait figurer que les noms des médicaments originaux (plusieurs de ceux-ci étant tombés dans le domaine public, il y a pléthore de médicaments génériques...).
Pour plus de détails sur l'efficacité des médicaments hypocholestérolémiants, c'est par ici, ou bien accessible par le menu « Les hypocholestérolémiants », puis « efficacité »

Fibrates :

NB : Les produits cités ci-dessous ont été déclarés inefficaces par la HAS, la FDA ainsi que par d'autres organismes (Cochrane, Prescrire, BIP31...)

Niacine (acide nicotinique) :

NB : Le produit cité ci-dessous a été déclaré inefficace par la HAS, la FDA ainsi que par d'autres organismes (Cochrane, Prescrire, BIP31...)

Résines (chélateur de sels biliaires) :

NB : Le produit cité ci-dessous a été déclaré inefficace par la HAS, la FDA ainsi que par d'autres organismes (Cochrane, Prescrire, BIP31...)

Ézétimibe :

NB : Les produits cités ci-dessous ont été déclarés inefficaces par la HAS, la FDA ainsi que par d'autres organismes (Cochrane, Prescrire, BIP31...)
Plus de détails sur les effets secondaire de l'ézétimibe par ici, ou bien accessible par le menu « Les hypocholestérolémiants », puis « Effets secondaires » et « Effets secondaires de l'ézétimibe ».

Statines :


Plus de détails sur les effets secondaire des statines par ici, ou bien accessible par le menu « Les hypocholestérolémiants », puis « Effets secondaires » et « Effets secondaires des statines ».

Inhibiteurs de CETP :

NB : 3 labos sur 4 ont arrêté tout développement de ce produit. À moins que le dernier test en cours ne laisse éclater un miracle (ce qui serait étonnant...), on peut donc légitimement considérer que les inhibiteurs de la CETP n'auront jamais d'AMM et ne seront donc jamais commercialisés.
Plus de détails sur les effets secondaire des inhibiteurs de la CETP par ici, ou bien accessible par le menu « Les hypocholestérolémiants », puis « Effets secondaires » et « Effets secondaires des inhibiteurs de la CETP ».

Inhibiteurs de PCSK9 (hypocholestérolémiants injectables) :

NB : Les produits cités ci-dessous n'ayant jusqu'à présent aucunement faits preuve d'une quelconque efficacité à réduire les maladies cardiovasculaires, la HAS à décidé de ne pas en autoriser le remboursement[5].
Plus de détails sur les effets secondaire des inhibiteurs de la PCSK9 par ici, ou bien accessible par le menu « Les hypocholestérolémiants », puis « Effets secondaires » et « Effets secondaires des inhibiteurs de la PCSK9 ».

Le marché des statines et des hypocholestérolémiants en France et dans le monde :

En France, cinq statines sont disponibles : l’atorvastatine (32.4% des parts de marché des statines), la Rosuvastatine (30.1%), la Pravastatine (17.4%), la Simvastatine (16.4%), et la Fluvastatine (3.7%). Le reste (marginal) étant partagé entre l'ézétimibe, les fibrates , la niacine et la colestyramine.
Le marché des statines et médicaments hypocholestérolémiants est un marché extrêmement juteux ! En général la prescription de statines commence vers quarante/cinquante ans et ce jusqu'à la fin de vie, soit (hommes et femmes confondues et à la louche...) pendant environ 35 années ! A raison d'une boite par mois pendant 35 ans, je vous laisse imaginer le montant de la rente pour les labos et tous ceux qui gravitent autour.
Pour parler chiffres, le marché mondial des statines dépassait les 26 milliards de dollars en 2008[6] et rien que pour la France, le montant des remboursements des statines et autres médicaments hypocholestérolémiants par l'assurance maladie dépassait 1,2 milliard d'euros en 2012[7] ! Vous avez dit business extrêmement rentable ?
J'espère que vous comprenez maintenant le montant des enjeux pour les labos. Une manne financière telle que celle-ci ne se traite pas à la légère...

Comment on encourage les professionnels de santé à prescrire des statines :

Il faut savoir qu'en France, les professionnels de santé perçoivent, pour ceux qui l'acceptent, des rémunérations supplémentaires (ROSP : rémunération sur objectifs de santé publique[8]) basé sur certains indicateurs, comme le pourcentage de gens sous statines, par exemple...
Cela correspond à une rémunération moyenne de 4 514 euros (+7,1% par rapport à 2014) pour les 89 489 médecins concernés (sur plus de 110 000 éligibles); plus précisément, les 57 045 médecins généralistes ou à expertise particulière ont perçu une Rosp moyenne de 6 402 euros (+ 7,9% par rapport à 2014)[9].

L'imagination des labos est sans limites :

Pendant un certains nombres d'années, les labos ont fait pression pour que les statines soient incluses dans l'eau de boisson[10], ainsi les labos auraient pu insidieusement augmenter le nombre de personnes sous traitement (et leurs bénéfices...). Mais encore plus fort, une étude très sérieuse[11] recommandait de mettre des distributeurs de statines à la sortie des fast-foods... Jusqu'où va se nicher le cynisme quand les industries de la malbouffe rejoignent celles des médicaments pour leurs plus gros profits !
Et ce d'autant plus que lorsque l'on examine la notice accompagnant ce médicament, il y est spécifié : Avant de débuter le traitement, le patient doit suivre un régime hypocholestérolémiant adapté qu'il devra continuer pendant toute la durée du traitement. Ce qui provoque des situations paradoxales puisqu'il est prouvé que les personnes prenant des statines font moins attention à leur alimentation et ont tendance à augmenter leurs apports en calories et en matières grasses par rapport à ceux n'utilisant pas de statines, provoquant évidemment une augmentation notable leur IMC[12], ce qui est une cause reconnue de maladie cardiovasculaire...
Il était même aussi fortement question (quoique cette éventualité revienne régulièrement...) de donner des statines à toute personne ayant un taux de cholestérol quelque peu élevé et ce même si cette personne ne présentait aucun risque cardiovasculaire réel (prévention primaire), alors que cette pratique n'a jamais fait preuve d'une quelconque efficacité !
D'autre part, il faut savoir qu'actuellement en France, entre 70 et 90% des patients se voient prescrire une statine en dehors de l’attente d’un bénéfice réel[13]...