Trial JUPITER

Titre officiel :

Justification for the Use of Statins in Prevention : an Intervention Trial Evaluating Rosuvastatin

Date de publication :

13 octobre 2005

Durée :

Initialement prévue de 5 ans, mais interrompue prématurément au bout de 1,9 ans

Participants :

JUPITER était une étude randomisée, en double aveugle, multicentre réalisée sur 1 315 sites dans 26 pays. Par sa conception, la population étudiée a été diversifiée : 6 801 des 17 802 participants étaient des femmes (38,2 %) et 4 485 (25,2 %) étaient noirs ou hispaniques. L’aspirine a été utilisée par 16,6 % des participants et 41,4 % avaient un syndrome métabolique. Dans les groupes rosuvastatine et placebo, le taux de cholestérol LDL médian était de 108 mg par décilitre (2,8 mmol par litre), le taux de cholestérol (HDL) était de 49 mg par décilitre (1,3 mmol par litre) et le taux de triglycérides était 118 mg par décilitre (1,3 mmol par litre) ; le niveau de protéine C – réactive ultrasensible était 4.2 et 4.3 mg par litre dans les groupes rosuvastatine et placebo, respectivement.

Sponsor :

AstraZeneca

Conflits d’intérets :

La liste est longue, quasiment tous les intervenants sont rémunérés par tous les labos produisant des statines.

Interventions :

  • 20 mg ROSUVASTATIN (Crestor)
  • Placebo

Sources :

NEJM – Rosuvastatin to Prevent Vascular Events in Men and Women with Elevated C-Reactive Protein

Quelques réflexions concernant cette étude clinique :

Dès sa sortie, l’étude JUPITER est été fortement sujet à controverse[1].

  • Tout d’abord, que penser d’une étude sur un médicament que l’on peut classer comme potentiellement dangereux et que l’on interrompt prématurément au bout de 1,9 mois ? Qu’en est-il des effets secondaires à plus long terme ? L’efficacité du médicament est-elle la même sur une durée plus longue (voir l’étude WOSCOPS ou les résultats s’effondrent sévèrement lors de la post période soit après 5 ans) ? En interrompant prématurément l’essai au moment où les résultats étaient les plus favorables, les auteurs ont volontairement biaisé l’étude[2]. Je vous recommande la lecture de cette analyse sur l’effet de l’arrêt prématuré des trials[3] et me permets de vous en citer la conclusion : L’étude (JUPITER) était erronée. Elle a été abandonnée après moins de deux ans de suivi, sans différence entre les 2 groupes sur les critères les plus objectifs. Les données cliniques ont montré un écart important entre la réduction significative des accidents vasculaires cérébraux non mortel et infarctus du myocarde, mais aucun effet sur la mortalité par accident vasculaire cérébral et d’infarctus du myocarde. La mortalité cardiovasculaire a été étonnamment faible par rapport à la mortalité totale-entre 5 % et 18 %-alors que le taux attendu était près de 40 %. Enfin, il y avait un très faible taux de létalité de l’infarctus du myocarde, loin d’être le nombre attendu de près de 50 %. La possibilité d’un biais dans ce trial est particulièrement inquiétante en raison de la solidité des intérêts commerciaux dans l’étude.
  • Les auteurs se basent sur l’augmentation de la protéine C-Réactive (avec le taux de cholestérol) comme indicateur principal de risque cardiovasculaire. Or, il faut savoir que l’auteur principal de l’étude est détenteur exclusif du brevet sur ce test et empoche bien évidemment des royalties à chaque utilisation de celui-ci[4]. D’autre part, il est de plus en plus admis que ce test est un marqueur comme un autre et non pas la seule cause, et ne doit donc pas être utilisé comme un test d’évaluation de risque clinique systématique[5].
  • Sur 14 auteurs, 11 présentaient des liens (financiers…) très fort avec l’industrie pharmaceutique et notamment les labos pharmaceutiques produisant des statines…
  • Le professeur Michel de Lorgeril à fait un excellent résumé des nombreux biais de cette étude[6]. Détaillée et caustique ! Je vous conseille aussi fortement de lire ce document, écrit par un cardiologue et qui décortique l’essai JUPITER[7]. Pour ceux que l’anglais n’effraie pas, ce dernier document analyse les 10 principaux points sujets à controverse de l’étude JUPITER[8].
  • Il faut aussi qu’en ce qui concerne le critère « Primary end point », les auteurs de l’étude allègrement mélangés les critères mortels et non mortel : infarctus du myocarde non fatal, accident vasculaire cérébral non fatal, hospitalisation pour angor instable, revascularisation artérielle ou décès confirmés de causes cardiovasculaires. Si l’on extrait seulement le nombre de décès de causes cardiovasculaires, les pourcentages ne sont plus du tout les mêmes…
  • Pour en terminer avec l’étude JUPITER, on peut remarquer que les pourcentages relatifs sont très flatteurs, mais pour peu que l’on s’attarde aux pourcentages absolus, c’est loin d’être aussi positif. Que les auteurs se flattent par exemple d’un pourcentage de plus de 50 % d’efficacité en faveur des statines alors que celui-ci, extrait de pourcentages absolus qui n’atteignent même pas 1 %, frise le ridicule. À ce sujet, je citerai le commentaire du Dr. Steven W. Seiden : That’s statistically significant but not clinically significant[9]. Je ne pense pas avoir besoin de vous traduire…

Effets secondaires indésirables :

L’étude JUPITER a menti sur les effets secondaires lors de sa publication initiale, en effet, l’augmentation des cas de diabètes a été de 30 % supérieure dans le groupe Rosuvastatine par rapport au groupe Placebo, ceci en moins de 2 années. Ce point a été totalement occulté lors de la publication de l’essai et n’a été mis au grand jour que 7 ans après la publication de celle-ci[10].

En outre, on peut noter, en plus des cas de nouveau diabète, une très légère augmentation des problèmes intestinaux et rénaux.

Efficacité de la statine testée dans le cadre de cette étude :

Résultats de la statine testée sur la mortalité cardiovasculaire et globale :
Efficacité ROSUVASTATIN vs Placebo
% d’efficacité absolue% d’efficacité absolue annuelleNNT(*) annuel
décès d’origine cardiovasculaire (calculé)0,07%0,04%2819
décès toutes causes0,51%0,27%345
Infarctus fatals et non fatals0,42%0,22%457
AVC0,35%0,18%546
Hospitalisation pour angor instable0,12%0,07%1537

(*)NNT : Number Needed to Treat, c’est-à-dire le nombre de personnes à traiter (annuellement dans ce tableau) pour éviter un évènement.

Le résultat de ce test démontre bien l’absurdité du pourcentage relatif d’efficacité tel qu’utilisé par les labos : il est annoncé 24 % d’efficacité relative pour les maladies cardiovasculaires, ce qui pourrait passer pour un excellent résultat (ce que n’a d’ailleurs pas manqué de propager AstraZeneca !), sauf que l’on extrait ce pourcentage à partir de pourcentages absolus qui n’ont, eux, strictement rien de significatif. En effet, extrapoler l’efficacité d’un médicament à partir de chiffres aussi peu significatifs relève de la propagande…

En conclusion :

Après analyse, les résultats ridicules de ce test sont en totale contradiction avec le triomphalisme d’AstraZeneca…
De plus, ce test évaluait l’usage des statines en prévention primaires, c’est-à-dire chez les patients n’ayant jamais eu d’antécédents cardiovasculaires. Ce qui est depuis reconnu pour être inefficace et sérieusement controversée par de nombreuses instances : même la H.A.S. (Haute Autorité de Santé) s’est fendue d’un communiqué dénonçant ces pratiques[11]. J’en cite un paragraphe qui résume tout : Par contre, dans le cas d’une hypercholestérolémie non familiale isolée, il n’a pas été démontré que la prescription de statines était efficace. Le traitement par statine n’est alors pas justifié.
N’oublions pas, non plus, qu’au cours de cet essai clinique sont apparues les premières alertes sur l’augmentation des cas de diabète dus aux statines…